Paris – Sanad Sahelia – Mgr Hugues de Woillemont, directeur général de l’association française L’Œuvre d’Orient, met en garde contre les défis existentiels inédits auxquels sont confrontés les chrétiens d’Orient. Ces crises menacent la continuité de leur présence historique. Entre migrations croissantes, effondrements économiques et conflits armés, la sauvegarde de cette présence en Terre sainte et au Moyen-Orient n'est plus une simple question locale, mais une « responsabilité ecclésiale et humanitaire partagée ».
Un héritage fidèle à l'intuition de 1856
Dans un entretien exclusif accordé à l’occasion du 170ᵉ anniversaire de l’association, Mgr de Woillemont a retracé le parcours de L’Œuvre d’Orient, fondée en 1856 sous le nom d'« Œuvre des Écoles d’Orient ». Il explique que la mission est restée « profondément fidèle à son intuition fondatrice » : le soutien par l’éducation. « Les fondateurs ont cru, dès le départ, que former les esprits est le premier acte de solidarité », affirme-t-il, rappelant que cette conviction demeure le pilier de l’institution.
L’éducation est la pierre angulaire de l’action de l’association, car elle « contribue à bâtir des sociétés stables et à freiner l’exode ». Toutefois, l’ampleur des crises a poussé l’Œuvre à élargir son champ d’intervention à la santé, l’aide sociale et les secours d’urgence, palliant souvent les carences d'États incapables d'assurer les services essentiels.
Une action multidimensionnelle sur le terrain
Mgr de Woillemont précise que l’association soutient des projets pérennes : construction d’écoles, d’hôpitaux et de centres sociaux, ainsi que la préservation du patrimoine matériel et immatériel, véritable « mémoire vivante des communautés ». Grâce à un réseau structuré de bureaux locaux et de jeunes volontaires, l’Œuvre porte également la voix de ces communautés auprès des décideurs européens et des institutions internationales.
La situation actuelle est qualifiée de « profondément préoccupante ». Les crises politiques et militaires fragilisent des sociétés entières, et les chrétiens en subissent souvent les conséquences de manière disproportionnée. « Le plus grand défi aujourd’hui est la migration », souligne-t-il. « Dans plusieurs pays, des communautés millénaires risquent de disparaître faute de perspectives économiques et sécuritaires. »
Faire de la dignité un levier de maintien
L’objectif premier reste de permettre aux populations de vivre dignement sur leur terre. « Derrière chaque école qui ouvre ou chaque dispensaire soutenu, il y a une famille qui fait le choix de rester », ajoute-t-il. Malgré l’adversité, il exprime son admiration pour la résilience de ces « artisans de paix et de dialogue » pris au cœur de tourmentes qu'ils n'ont pas choisies.
Le directeur général adresse également un message aux chrétiens d’Europe et des États-Unis : les chrétiens d’Orient ne sont pas seulement des « victimes », mais une « richesse pour l’Église universelle ». Il insiste sur le fait que le soutien ne peut se limiter à la prière : il doit se traduire par une « solidarité concrète » (financements, sensibilisation) et une mobilisation internationale pour influencer les politiques.
Les trois défis de l'avenir
Pour Mgr de Woillemont, l'avenir se joue sur trois fronts majeurs.
Le premier concerne l’accélération de l’exode qui vide le Moyen Orient des chrétiens… c’est l’urgence absolue.
Arrivent ensuite l’éducation et la conservation du patrimoine, « Il ne s’agit pas seulement de bâtiments, c’est la mémoire vivante de civilisations entières. »
Maintenir l’attention internationale malgré la multiplication des crises mondiales est un autre défi majeur
Un message d'espérance et de proximité
En conclusion, Mgr de Woillemont livre un message spirituel d'estime et de proximité durable. Il affirme que la fidélité et le courage des chrétiens d'Orient sont un témoignage pour le monde entier. Citant l’appel du pape Léon XIV à une « paix désarmée, humble et persévérante », il rappelle que la paix repose sur le respect du droit international et de la souveraineté.
« Qu’ils sachent que nous sommes à leurs côtés sur le long terme, avec détermination et confiance », conclut-il, rappelant que ses visites régulières sur le terrain sont la preuve tangible que ces communautés ne sont pas oubliées.